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Titre Nouvelles drogues de synthèse ... un phénomène émergent. Et dans les DOM ? (Actualisation des données concernant Mayotte - Juillet 2018)
Codification
Auteur(s)
Edition PEIDD
Année 2015 (actualisation juillet 2018)
Lieu d'édition
Thème Consommateur et entourage,Drogue,Drogue illicite,Législation / orientations politiques,Outre-mer,Prévention,Santé,La Réunion,Martinique,Guadeloupe,Mayotte,Guyane
Lieu de consultation
Type de document Dossier
Format En ligne
Lien web
Résumé

Les nouvelles drogues de synthèse (NPS) ont été identifiées en 1920, en Chine. Mais c’est dans les années 1990 que le marché en ligne des NPS a réellement pris de l’ampleur, suite à l’avènement du Web et à la publication d’ouvrages d’Alexander SHULGIN, pharmacologue et chimiste américain, qui a créé de nouveaux produits chimiques psychoactifs.
Très médiatisés depuis 2009, les NPS tendent à se diffuser dans des réseaux de plus en plus variés. Cependant, leur usage reste limité par rapport aux autres produits psychoactifs.
Leur diversité et leur vitesse de renouvellement compliquent la mission des acteurs publics dans leurs recherches de réponses pour en limiter l’usage.
Leur accessibilité, leur prix attractif, leur statut légal ambigu, ne risquent-ils pas de favoriser la consommation de ces substances psychoactives ?

Ce dossier a pour objectif d’apporter un éclairage aux professionnels qui s’interrogent sur ce phénomène émergent qui fait récemment l’objet, à Mayotte et à La Réunion en particulier, d’articles de faits divers et de communiqué (arrivée de nouvelles drogues de synthèse, saisies, hospitalisations…). Que savons-nous de ce phénomène et de la situation dans les DOM ?
Vous trouverez, en fin de dossier, des liens vers des sites spécialisés pour davantage d’informations.

 

Sommaire



Pour accéder directement aux rubriques qui vous intéressent, cliquer sur les chapitres correspondants dans le sommaire ci-dessous

 
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1/ Principales données connues sur les NPS

1-1 Définition

Il est utile de commencer par faire le point sur ce qu’on appelle une nouvelle drogue de synthèse.
En effet, faut-il distinguer les nouvelles drogues de synthèse des autres drogues de synthèse  ?

Les nouvelles drogues de synthèse sont des substances synthétisées, à l’origine dans le cadre de la recherche médicale mais détournées de leur usage car elles imitent les effets de produits illicites (ecstasy, amphétamines, cocaïne, cannabis, etc.). Ce qui leur permet de contourner la législation sur les stupéfiants car non classées en tant que tels lorsqu’elles apparaissent.
Ces drogues ne sont donc pas illégales, bien qu’elles ne soient pas identifiées comme étant légales, c’est-à-dire autorisées sur le marché.

Il existe d’autres drogues de synthèse, telles que l’ecstasy, le GHB, la kétamine et les amphétamines, qui elles sont classées dans la catégorie des stupéfiants, donc illégales. On ne peut donc pas en faire usage librement. Il est également interdit de les fabriquer, de les importer ou de les exporter, de les transporter, de les posséder, de les proposer ou de les vendre librement. Toutes ces actions sont lourdement sanctionnées par la loi.

La différence entre les deux tient donc dans l’aspect légal des produits.

L’abréviation « NPS » est généralement utilisée en France, en référence aux Nouveaux Produits de Synthèse. Ceux-ci sont également couramment dénommés « legal highs » ou « designer drugs » ou encore « research chemicals » (RC).

Source : Site de l’OFDT - Synthèse thématique : nouveaux produits de synthèse

1-2 Principales formes

Les NPS sont principalement vendus sous forme de poudre ou plus rarement de comprimés.

« Cependant, en plus des différents packagings, les revendeurs jouent également sur la forme galénique de ces substances synthétiques dans le but d’évoquer la substance originale.(…) Dans le cas des cannabinoïdes, certaines transformations ont pour but la ressemblance visuelle avec le produit original, c’est-à-dire l’herbe et la résine de cannabis. Ainsi, la poudre du cannabinoïde est simplement incorporée à de l’herbe sèche, des débris végétaux ou de la pâte qui servent de véhicule à la consommation. »

Source : Tendances N°84, Les nouveaux produits de synthèse et internet, OFDT, 2013

Il existe ainsi d’autres formes telles que des sels de bains, de l’encens, des cristaux…

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1-3 Exemple de NPS et effets recherchés

Les NPS peuvent être classées dans 7 types de familles, selon l’approche pharmacologique.

Parmi ces familles, les 3 principales identifiées en France entre 2012 et 2015 sont :

  • Les cannabinoïdes

    Il s’agit des NPS les plus répertoriés, qui imitent les effets du THC. On en dénombre actuellement 130 en Europe parmi lesquels 34 ont été répertoriés sur le sol français. Les plus connus d’entre eux étaient vendus sous le nom de « Spice », « Gold », « Silver ».
  • Les cathinones

    Ces NPS imitent les effets de la cathinone, une substance naturelle psychoactive stimulante contenue dans le khat, un arbuste africain. Ils sont souvent vendus sous l’appellation de « sels de bain ».
  • Les phénéthylamines

    Ces NPS imitent les effets des amphétamines et de la MDMA. Ils possèdent des propriétés stimulantes, empathogènes (qui donnent l’impression de pouvoir se mettre à la place d’autrui, de ressentir à la place de l’autre) et plus ou moins hallucinogènes. Ils peuvent être vendus sous l’appellation de « Crystal », « Crystal meth », « Ice » ou « Meth ».


    Les effets des NPS, suivant les dosages, diffèrent fortement d’un mode de consommation à l’autre.

    Ils peuvent provoquer des effets psychédéliques (illusions visuelles, euphorie et dépersonnalisation…), stimulants, dissociatifs (sensation de décorporation c’est-à-dire de sortir de son corps et analgésie), sédatifs.

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1-3.1 Focus sur le Crystal et sur les Cannabinoïdes de synthèse

Le « Crystal », ou « Ice » est de la méthamphétamine pure ou quasiment pure, qui se présente sous forme de cristaux (incolores et inodores), d’où son nom, voire sous forme de poudre ou de comprimés. Consommé par inhalation ou par injection, c’est l’un des plus puissants psychostimulants disponibles sur le marché. Il peut aussi être avalé ou sniffé.
Il provoque « euphorie intense allant jusqu’à une sensation de type orgasmique », augmentation temporaire de la vigilance, sentiment de domination.
D’autres effets sont décrits sur des sites d’usagers, tels que la diminution de la sensation de fatigue/faim, l’augmentation de la faculté de concentration et la capacité de travail, une confiance en soi décuplée…

Les effets de la prise de méthamphétamines varient selon les sites de référence, entre 6 à 30 heures.

Ces effets sont rapidement suivis d’une phase « d’anxiété, d’angoisse, d’insomnie et de dépression avec parfois des idées suicidaires.
À cela peuvent s’ajouter diverses manifestations psychotiques telles que les troubles paranoïdes, les délires obsessionnels et les hallucinations, allant parfois jusqu’aux comportements violents. Cette agressivité est causée par les idées paranoïdes et l’impression de danger imminent. Les symptômes psychotiques peuvent persister des mois, voire des années après l’arrêt de la consommation. (…) À fortes doses, la méthamphétamine peut causer de l’hyperthermie (parfois la fièvre est très forte), des convulsions et la mort. »

L’envie de consommer à nouveau cette drogue peut devenir alors une préoccupation constante qui augmente jusqu’à l’obsession, entrainant dépendance physique et psychologique.

Interactions avec d’autres substances

La méthamphétamine interagit principalement avec les autres psychostimulants et les antidépresseurs et peut entrainer des risques de surdose ou de syndrome sérotoninergique notamment », pouvant aller jusqu’à la mort.

Source : Site de Toxquébec.com, document intitulé « Amphétamine, méthamphétamine et cristal meth – une mise au point s’impose sur ces stimulants puissants »

Les Cannabinoïdes de synthèse sont des substances ayant des effets psychoactifs similaires à ceux du Δ9-THC (Δ9-tétrahydrocannabinol), principe actif du cannabis. Ils sont consommés à des fins récréatives.

A l’origine, ils ont été développés au cours des 40 dernières années comme agents thérapeutiques potentiels, souvent pour le traitement de la douleur. Cependant, il s’est avéré difficile d’isoler les propriétés thérapeutiques des effets psychoactifs non désirés.
« En France, les premiers cannabinoïdes de synthèse ont été identifiés en 2008. Depuis, leur nombre est en très forte croissance.
La composition et les concentrations sont variables, y compris pour un même produit.

A côté des effets psychoactifs attendus, des effets non recherchés ont été rapportés dans la littérature mais aussi sur les forums Internet. Il s’agit principalement :
  • De troubles psychiques : anxiété, état d’agitation, idées suicidaires/auto agressivité, paranoïa, troubles psychotiques.
  • De troubles physiques : cardiovasculaires (tachycardie/palpitation, hypertension artérielle, douleurs thoraciques, infarctus du myocarde) et neurologiques (convulsions et pertes de connaissance).

Des cas de dépendance avec des signes de sevrage ont également été rapportés. »

Source : site de l’ANSM

Lors de la mise en place de nouvelles mesures de contrôle, les cannabinoïdes de synthèse utilisés dans les préparations sont rapidement substitués par des « alternatives légales ».

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1-4 Fabrication / Approvisionnement des NPS

Les NPS sont le plus souvent fabriqués en Chine (plus rarement en Inde) par des sociétés légales qui peuvent même avoir l’allure de firmes pharmaceutiques.
Ils sont ensuite vendus sur internet ou, dans certains pays, dans des magasins appelés smart shops.

« Dans le cadre d’une étude sur l’offre de drogues de synthèse sur Internet, 108 sites francophones de vente en ligne ont été recensés en 2014. La majorité des NPS sont proposés à des prix variant entre 8 et 20 € le gramme. »

Source : Drogues, Chiffres clés 2015, 6ème édition. OFDT. Juin 2015, chapitre sur les « Nouveaux produits de synthèse ou « RC » (Research chemicals) » (page 4)

1-5 Public consommateur

Selon les observations des sites TREND (Tendances Récentes et Nouvelles Drogues), il y aurait 3 principaux types d’usagers repérés consommateurs de NPS :

  • des usagers « connaisseurs », pouvant parfois se présenter comme des pionniers dans l’expérimentation de nouveaux produits. « Professionnels des molécules » et au fait des dangers, ils savent a priori limiter les risques en pesant les doses,
  • des « groupes gays », souvent pionniers dans l’expérimentation de nouveaux produits,
  • des usagers en lien avec l’espace festif, qui se regroupent pour acheter des NPS sur Internet. Ils ne sont pas conscients des risques et ne savent pas toujours ce qu’ils consomment.

Les expérimentateurs sont en majorité des jeunes hommes.
« 1,7 % des 18-64 ans déclarent en avoir déjà fumé, ce qui représente 4 % des expérimentateurs de cannabis et 17 % des usagers actuels de cannabis. Ce pourcentage situe les cannabinoïdes de synthèse à un niveau d’usage similaire à celui de l’héroïne ou des amphétamines. »

Source : Tendances N°99 (mars 2015). Les niveaux d’usage des drogues en France en 2014. OFDT (pages 5 et 6)

1-6 Modes de consommation

Les modes de consommation sont aussi divers que les molécules. Les NPS sont pris par voie orale, par sniff, en fumant, ou par injection intra-veineuse ou intra-musculaire.

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1-7 Les risques

Il existe peu d’études à ce jour dans la littérature scientifique sur les risques que présente la consommation des NPS chez l’homme.

« Les symptômes les plus cités sont d’ordre sympathomimétique : hyperthermie, tachycardie, hypersudation, mydriase, sentiment de mal-être. Il peut également s’agir de manifestations psychiatriques : hallucinations, effets dissociatifs non recherchés ou symptômes de type paranoïaque. Au niveau européen, plusieurs cas de décès impliquant la consommation de NPS ont été notifiés à l’OEDT en 2011 et 2012. »

« Trois enseignements principaux ressortent de l’ensemble des données disponibles :
  • les quantités nécessaires pour obtenir un même effet diffèrent fortement d’une molécule à l’autre. Cette variabilité s’ajoute aux différences de vulnérabilité individuelle qui rend la prise d’une nouvelle substance toujours risquée ;
  • le délai et la durée d’action varient par rapport aux produits imités. Lorsque le délai est long entre la prise et les effets ressentis ou bien quand la durée d’action est courte, l’usager peut être amené à répéter les prises ou à augmenter dangereusement les doses ;
  • la pratique de mélanges, notamment avec l’alcool, aggrave clairement le risque, les produits livrés pouvant eux-mêmes être déjà des associations de molécules. Les risques à long terme ne sont pas connus, en dehors du développement de pharmacodépendances (…) »

Source : Tendances N°84, Les nouveaux produits de synthèse et internet, OFDT, 2013


Par ailleurs, il n’y a pas de contrôle sur la composition des substances, ni sur le pourcentage de produit actif (qui peut aller de 0 à 100%), ni sur les impuretés contenues dans ces substances suite à une mauvaise synthèse, ni même si c’est la bonne molécule.
En outre, certaines substances peuvent, en cas de consommation répétée, induire une dépendance physique et/ou psychologique susceptible d’interférer avec les activités de la vie quotidienne et le fonctionnement bio-psycho-social.
Les NPS peuvent exposer l’usager à des comportements à risque liés à l’altération des perceptions et du jugement (accidents de la route, rapports sexuels non-protégés voire non désirés, agressivité morbide, etc.). Leur consommation est en outre vivement déconseillée en cas de grossesse ou d’allaitement.

Les dosages entre l’effet recherché et les effets toxiques sont parfois de l’ordre du microgramme. Le danger d’overdose est beaucoup plus important qu’avec une autre drogue. La consommation de NPS comporte un risque de syndrome sérotoninergique. Il s’agit d’un déséquilibre potentiellement fatal en cas de surdose de certaines de ces molécules et/ou de mélanges avec d’autres drogues ou aliments.

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1-8 Législation

La plupart des NPS font l’objet d’un vide juridique à leur sujet, ce qui facilite leur fabrication et leur distribution. En France, certains NPS sont interdits, mais la plupart restent inconnus des textes légaux puisque destinés à la recherche uniquement.
La structure moléculaire des NPS leur permet, au moins à court terme, de contourner la législation sur les stupéfiants ; certains sont classés, d’autres n’ont pas de statut juridique clair.
En effet, toute molécule qui ne figure pas sur la liste des stupéfiants de l’ANSM échappe au système législatif en vigueur, n’étant pas explicitement prohibée.
Par ailleurs, les NPS sont systématiquement vendus comme « non-destinés à la consommation humaine » afin de contourner également la loi sur les substances réglementées.

« La France a pour la première fois le 27 juillet 2012 eu recours au classement « générique » qui étend la pénalisation de l’usage à un groupe de substances appartenant à une même famille. (...)
Mais étant donné le dynamisme même du phénomène des NPS, la réponse par l’interdiction et la pénalisation de l’usage n’a pour principal effet que le déplacement du problème en incitant les producteurs à se reporter sans cesse vers de nouvelles molécules, avec le risque d’apparition d’une molécule de remplacement plus nocive que la précédente. »

Source : Supplément Technique « Les Nouveaux Produits de Synthèse ». Psychoactif et Fédération Addiction

Ces constats ont conduit plusieurs États à développer des approches alternatives comme la prévention (Pays-Bas, RoyaumeUni), la réduction de la diffusion « ouverte » de ces substances plutôt que la pénalisation de leur usage. Ces alternatives tentent de faire peser la responsabilité pénale sur les producteurs ou les vendeurs de ces substances plutôt que sur leurs usagers. »

Source : Tendances N°84, Les nouveaux produits de synthèse et internet, OFDT, 2013

« Le plan gouvernemental de lutte contre les drogues et les conduites addictives 2013-2017 aborde cette question par des approches variées. Il prévoit d’améliorer l’identification des NPS (mesure 47), la prise en charge des consommateurs dans les services d’urgences (mesure 38), les pratiques de Réduction des risques sur Internet (mesure 51), ainsi que les infractions constatables sur ce vecteur (mesure 66). »

Source : Site de l’OFDT - Synthèse thématique : nouveaux produits de synthèse

L’ONUDC (Office des Nations Unies contre la Drogue et le Crime) « exploite Le Programme mondial de surveillance des drogues synthétiques : analyse, situation et tendances (SMART) pour faire la lumière sur les tendances émergentes et les nouveaux développements dans le monde en évolution rapide des drogues de synthèse. Des informations plus détaillées sur les réponses juridiques récemment adoptées par différents pays pour contrôler NPS est prévu dans la plus récente mise à jour de SMART au niveau mondial. Un référentiel de données sur les réponses juridiques adoptées par les différents pays est disponible pour les utilisateurs enregistrés au système d’alerte précoce du ONUDC sur les NSP. »

Source : Site de l’ONUDC

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1-9 Comment prévenir les risques liés aux NPS ?

L’information est le maître-mot pour réduire les risques liés aux NPS.
En milieu festif, par exemple, il s’agira d’actions de prévention et/ou de réduction des risques.

L’outil Internet, « rôle majeur dans la diffusion des NPS, apparaît incontournable tant dans l’observation du champ des drogues que dans celui de la prévention des usages.
Si un projet comme I-TREND propose de répondre à la première de ces préoccupations, une démarche de prévention en ligne reste à construire en France. De ce point de vue, le Royaume-Uni et les Pays-Bas font figure de précurseurs en développant des outils Internet, dont certains proposent aux usagers une évaluation de leur consommation et un programme adapté pour la réduire. »

Source : Tendances N°84, Les nouveaux produits de synthèse et internet, OFDT, 2013

« Des forums de discussion sur Internet sont animés par des usagers et/ou des professionnels (psychonaut.com, erowid.org, etc.) et fournissent notamment des informations utiles sur les effets de certains produits.
Ces forums deviennent d’autant plus importants qu’ils sont la principale source d’information pour réduire les risques. Les témoignages d’usagers vont se formaliser et prendre le nom de « trip reports ». »

Source : Supplément Technique « Les Nouveaux Produits de Synthèse ». Psychoactif et Fédération Addiction


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2/ Situation dans les DOM

Il n’existe pas de données épidémiologiques spécifiques aux NPS dans les DOM, d’où la difficulté de dresser un état des lieux fiable. Cependant, les professionnels interrogés (professionnels de santé, de prévention, de contrôle et de répression) s’accordent à dire que la consommation de NPS concerne relativement peu les DOM à ce jour.


2-1 Dans les Départements Français d’Amérique

Selon des professionnels du CHU de Martinique, la présence de drogues de synthèse comme la métamphétamine (ice, speed, …) ou la MDMA (Exctasy ou autre) est à signaler mais la nature précise de ces produits reste à analyser. La présence ponctuelle de LSD peut également être constatée mais il n’existe aucun signalement concernant les cannabinoïdes de synthèse. Cela ne semble concerner pour le moment qu’une très faible part de la population (jeune, plutôt aisée, plutôt métropolitaine), l’usage de ces substances n’étant rapporté que dans un cadre festif particulier (soirées privées, « full moon party », fêtes techno). Ces problématiques ne sont pour le moment jamais apparues dans le cadre de soins au CSAPA du CHUM.
La Martinique a cependant anticipé avec notamment, une conférence-débat le 2 avril 2015, animée par le CiFAD en compagnie de deux praticiens (un toxicologue et un psychiatre) sur la thématique de la « toxicité des nouvelles drogues festives en Martinique ». Cette action s’est faite au profit du pôle « réanimation anesthésie Samu smur urgences » (RASSUR) du CHU de Fort-de-France ce, dans le cadre du staff médical hebdomadaire regroupant une quarantaine de médecins urgentistes, internes, etc.. Aucune nouvelle drogue de synthèse n’avait à cette date été décelée ou découverte dans le département.
Les professionnels maintiennent cependant une veille via l’ensemble des réseaux.

2-2 Dans l’Océan Indien

Dans l’Océan Indien, en revanche, le sujet interroge davantage.


A La Réunion, une vigilance est actuellement en cours suite à l’hospitalisation d’usagers de « Crystal Meth », bien qu’il s’agisse de cas isolés. Certains professionnels s’inquiètent de voir cette tendance gagner de l’ampleur sur le territoire, avec des usagers souvent avides de nouveaux produits. Ils ont alors alerté les autorités « afin que ce risque soit mieux pris en compte et que toutes les mesures visant à protéger notre département puissent être envisagées dans les meilleurs délais (Douane, PAF, Police, Gendarmerie, Prévention). »

Source : communiqué du CHU Réunion Félix Guyon et du CSAPA de la Kaz’OTE - concernant l’arrivée de méthamphétamine à La Réunion. Septembre 2015"

Par ailleurs, dans leur bilan 2014, les douanes de La Réunion soulignent « l’essor des nouvelles drogues de synthèse », avec notamment 1 kilo d’éthylone (amphétamines) saisi, s’ajoutant à d’autres substances « non classées ».



A Mayotte, les cannabinoïdes de synthèse sont apparus dans le début des années 2010. Cette nouvelle drogue de synthèse qui circule, nommée « la chimique », pose de nombreux problèmes dans ce département, parfois très graves.
« Initié à partir de cercles extrêmement restreints, l’usage de « chimique » s’est étendu pour toucher des populations de plus en plus larges composées majoritairement d’adolescents et de jeunes hommes en situation précaire. »
C’est ce que met en lumière, en mai 2018, l’étude qualitative sur « l’offre, l’usage et l’impact des consommations de « chimique » à Mayotte », publiée par l’OFDT [1].
L’étude dresse un état des lieux de la situation et propose un certain nombre de pistes de travail afin de construire une réponse publique à la hauteur des enjeux.

En 2015, le Centre d’addictovigilance de Bordeaux (CEIP-A référent d’Aquitaine et des Départements d’Outre Mer) a été missionné par la MILDECA pour renforcer les échanges et les enquêtes d’addictovigilance à La Réunion et à Mayotte et pour mieux évaluer la nature et les modalités de consommation de substances psycho-actives dans ces deux départements de l’Océan Indien.
A Mayotte, le CEIP-A a été alerté sur le problème de « la chimique », drogue à l’origine de très nombreuses hospitalisations, en particulier de mineurs et de jeunes adultes au cours du dernier semestre 2015 [2].
Ainsi, une étude est prévue, entre septembre 2018 et juin 2019 à Mayotte, afin d’identifier quelles sont les substances qui amènent à des hospitalisations parmi celles consommées sous le nom de chimique.
En savoir plus sur cette étude HOMACHI : « HOspitalisations de mineurs et de jeunes adultes à MAyotte après consommation de CHImique, quelles sont les substances incriminées ? »

En juillet 2016, Amandine FLEURY a soutenu sa thèse de médecine sur le "Profil médico-social des patients ayant consulté au centre d’addictologie de Mayotte en 2015 pour usage de nouveaux produits de synthèse, une étude rétrospective. »
Elle y présente notamment comment les nouvelles drogues de synthèse ont été introduites à Mayotte, la manière dont elles se sont répandues et les conséquences engendrées (augmentation des hospitalisations, de la violence, décrochage scolaire...).
En savoir plus : consulter la thèse de médecine d’Amandine FLEURY

Le 06 novembre 2015, le Docteur Ali Mohamed Youssouf, médecin au centre d’addictologie du Centre Hospitalier de Mayotte, a présenté son travail devant les professionnels de santé réunis par le CHM pour un séminaire et a consacré l’essentiel de sa présentation à la « chimique », actuellement la 3e cause de consultation dans le service.
« « La chimique est un produit bien plus addictogène que le cannabis. Même s’il est difficile à détecter, il est bien plus puissant », précise le Dr Youssouf qui se retrouve sans aucune thérapeutique pour faire face. Avec ses équipes, il est contraint de traiter les symptômes.(...) « On est face à un problème de santé publique qui ne fait que commencer », prévient-il. »

Source : article paru le 07 novembre 2015 dans le Journal de Mayotte (PDF - 277.1 ko)

Le magazine d’information « Mayotte Hebdo » a consacré son numéro d’avril 2015 sur « Les ravages de la chimique- Enquête, témoignages, chiffres…. ».
Il relate qu’en 2014, « les autorités ont retrouvé environ trois kilos de drogue en poudre et saisi 30 000 euros sur le compte des trafiquants, plus 6 000 euros de biens matériels qui ont probablement été acquis par la vente de drogue et ont servis à son écoulement. »

Aïcha Madrane, rattachée au CHM (Centre hospitalier de Mayotte) et médecin à la prison de Majicavo témoigne dans le magazine. « Selon elle, 80% des détenus de la maison d’arrêt ont déjà consommé de la “chimique”. Le lien semble donc évident entre délinquance et consommation de ces substances nouvelles. Aïcha Madrane, pour connaître l’état dans lequel arrivent certains consommateurs, sait que la “chimique” n’est plus uniquement du THC de synthèse. Les symptômes du cannabis n’ont rien à voir avec ceux que ressentent certains consommateurs de chimique. La situation est plus qu’alarmante. “Les drogues de synthèses sont pires que le LSD, le crack ou l’héroïne, affirme la médecin. Pour une raison très simple : les structures moléculaires modifiées sont capables d’associer ces trois drogues et leurs effets. S’il s’agissait uniquement d’une synthèse du THC, la situation ne serait pas si grave. Là, nous avons des molécules pouvant être proches de celles des cannabinoïdes mais auxquelles des noyaux moléculaires des amphétamines ou des tryptamines sont ajoutés. (…) »

Le service de la Maison des Adolescents (MDA), de l’association TAMA, accueille, écoute, soutien et oriente des adolescents de 13 à 21 ans ainsi que leurs parents.
Ce service est intervenu en 2014 auprès de plus de 3 700 jeunes, sur tout le département.
L’occasion pour les professionnels de prévenir les risques en lien avec le « chimique » et de proposer un suivi individuel aux usagers, selon leur demande et leurs besoins. Le service peut les accompagner dans leur démarche de sevrage en collaboration avec le centre d’addictologie de l’hôpital. Il peut également commencer une prise en charge éducative et/ou psychologique au sein de la MDA qui est parfois plus pertinente selon les problématiques qui sont souvent la raison de la consommation de NPS.
Selon cette structure, au-delà du « chimique », une autre nouvelle drogue de synthèse circule à Mayotte depuis début 2015. Il s’agit d’une substance nommée la « mangrove », qui tirerait son nom d’une plante de la mangrove utilisée pour la pêche. Il y n’y aurait, à ce jour, pas de donnée fiable sur ce produit.

En savoir plus : voir le document de la MDA (TAMA) sur les NPS à Mayotte (PDF - 298.4 ko) (rédigé spécialement pour ce dossier – merci à l’infirmière et à la psychologue)


Même si ce phénomène émergent semble plus ou moins épargner les DOM, il est nécessaire de mieux le connaître afin de mieux en comprendre les enjeux et les risques et adapter ainsi les mesures de prévention.

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En savoir plus : bibliographie et liens utiles

Travaux en cours sur la « chimique » à Mayotte :

Etude HOMACHI : « HOspitalisations de mineurs et de jeunes adultes à MAyotte après consommation de CHImique, quelles sont les substances incriminées ? ». Centre d’addictovigilance de Bordeaux. De septembre 2018 à juin 2019

Outils à disposition des professionnels :

Etude qualitative sur « l’offre, l’usage et l’impact des consommations de « chimique » à Mayotte », publiée par l’OFDT [3] en mai 2018

Rapport de mission du CEIP-A de 2015 « Consommation de substances psychoactives à la Réunion et à Mayotte, départements français de l’Océan Indien ». Daveluy A. et Haramburu F. (CEIP-A de Bordeaux). Thérapie 2018.

Le point SINTES no3. OFDT. Avril 2017

Guide de la MILDECA « Nouvelles substances psycho-actives : publication d’un guide pour les services d’urgence. » 27 septembre 2016
Il vise essentiellement à documenter la composition des produits circulant, illicites ou non règlementés (dosage, identification de nouvelles molécules et logos), à partir des résultats de l’analyse des saisies effectuées (...)

Livret thématique sur les nouvelles drogues de synthèse Eurotox, Observatoire socio-épidémiologique Alcool-Drogues
Ce livret thématique, consacré à la problématique des nouvelles drogues de synthèse (NDS), a pour objectif d’offrir un aperçu digeste du phénomène des NDS (disponibilité, consommation, risques sanitaires...) et des différentes réponses données aux niveaux belge et international.

Drogues, Chiffres clés 2015, 6ème édition. OFDT. Juin 2015
Chapitre sur les « Nouveaux produits de synthèse ou « RC » (Research chemicals) »(page 4)

Nouveaux produits de synthèse identifiés en France depuis 2000.OFDT- Note d’information SINTES actualisée le 1er juin 2015.
Cette note est un inventaire des nouveaux produits de synthèse (NPS) répertoriés par l’ensemble des partenaires du réseau SINTES (Système d’identification national des toxiques et des substances) de l’OFDT.

Tendances N°100. OFDT - Les nouveaux produits de synthèse. Mai 2015 (page 6)

Tendances N°84, Les nouveaux produits de synthèse et internet. OFDT. 2013

SWAPS n°72, 3è trimestre 2013 – Nouveaux produits de synthèse

Observatoire Européen des Drogues et Toxicomanies - « Cannabinoïdes de synthèse et « Spice » »

Supplément Technique « Les Nouveaux Produits de Synthèse. Essayer la régulation des usages…. ». PsychoActif, Fédération Addiction

Thèse de médecine d’Amandine FLEURY sur le "Profil médico-social des patients ayant consulté au centre d’addictologie de Mayotte en 2015 pour usage de nouveaux produits de synthèse, une étude rétrospective. » Juillet 2016

Outils à l’attention des jeunes / des usagers :

Dossier de MAAD DIGITAL « Ces produits qui imitent le cannabis : les cannabinoïdes de synthèse ». Du 28 avril 2017

Brochure « Les jeunes et les drogues de synthèse. » Service de toxicomanie du ministère de la Santé et des Services sociaux (Québec). 2007

Flyer « Comment réduire les risques avec les nouvelles drogues de synthèse (NPS) ». Psychoactif, Fédération Addiction.

Publié le 15 septembre 2015
Mis à jour le 13 juillet 2018