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Face aux Questions

Cet espace est né pour combler un manque reconnu en matière d’outil de sensibilisation. A l’origine, il s’agissait de créer un recueil conçu pour aider les professionnels de la santé et de l’éducation à répondre aux usagers sur la thématique « Alcool et grossesse ».

« Face aux Questions » a évolué et s’est transformé en outil Internet, pour une plus large portée, lui permettre de s’enrichir au fil du temps, et s’élargir au champ de l’addiction.

Grâce au soutien du Conseil Général de La Réunion sans lequel ce projet n’aurait pu voir le jour, vous trouverez dans cette rubrique prioritairement les questions recueillies sur la problématique « Alcool et grossesse ». 700 interrogations ont été collectées auprès d’un public diversifié, parmi lesquelles ont été extraites les questions principales et plus récurrentes.

De nombreux experts de différentes spécialités (médical, médico-social, psycho-social), reconnus en leur domaine, ont accepté de participer à ce projet en y répondant de façon brève et vulgarisée, allant jusqu’à suggérer des lectures complémentaires pour ceux qui souhaiteraient se documenter plus amplement.

Au fil du temps, cet espace se verra enrichi de nouvelles questions / réponses avec le souci permanent d’actualisation et de fiabilité des sources interrogées.


Thème :
Type d'expert :

Réponse du Conseil national de l’Ordre des Sages-Femmes - Paris

Les femmes enceintes ou en désir de l’être peuvent s’informer des risques de l’alcoolisation fœtale auprès du professionnel qui les suit pour leur grossesse ou dans leur démarche pré-conceptionnelle : sage-femme, gynécologue, médecin généraliste. Il existe également des associations spécialisées sur ce thème qui pourront leur délivrer des informations précises sur les risques de l’alcoolisation pendant la grossesse.

Pour plus d’information, voir le Guide alcool et grossesse (Ministère de la Santé)

Consulter la fiche mémo de la Haute Autorité de Santé [1] « Troubles causés par l’alcoolisation fœtale : repérage » Juillet 2013, en cliquant ici.

Réponse du Docteur Catherine SIMON, Psychiatre hospitalier
Service d’addictologie du CHRU Brest.
Secrétaire générale adjointe à l’Association Nationale de Prévention en Alcoologie et Addictologie.

Il existe des étapes propres à chaque individu pour amorcer une dynamique de changement dans sa relation à l’alcool. Arrêter de consommer l’alcool n’est pas le seul changement à effectuer. Une rechute peut arriver. C’est pourquoi, l’accompagnement psychologique demande du temps pour qu’il puisse se réaliser en toute confiance et sécurité.
Il est indispensable de respecter ce rythme pour la personne et son entourage.

Réponse du Dr Catherine SIMON, Psychiatre hospitalier Service d’addictologie du CHRU Brest. Secrétaire générale adjointe à l’Association Nationale de Prévention en Alcoologie et Addictologie (A.N.P.A.A). Et Dr Patrick DAIME, Médecin Généraliste. Responsable du CCAA ST-JULIEN au CHU De ROUEN. Secrétaire Général à l’Association Nationale de Prévention en Alcoologie et Addictologie (A.N.P.A.A 76)

Il est important d’être dans une relation d’aide. La femme peut évoquer certaines difficultés familiales, sociales voire personnelles (psychologiques). Il faut impérativement les écouter. Pour aborder le sujet de la relation à l’alcool, il est capital d’utiliser des paroles non jugeantes. Interroger la consommation d’alcool, sonder l’aide que le produit peut apporter pour gérer les soucis quotidiens exprimés par la femme, proposer de l’aide voire un accompagnement, peuvent aider la femme à changer.
Dans le cas de la femme enceinte, il est important de regarder la femme, de prendre soin d’elle et ne pas penser qu’à l’enfant en devenir. Elle a besoin de deux fois plus de soutien quand elle est enceinte. En effet, la grossesse est un événement de vie qui amène des bouleversements psychologiques ; la motivation mais aussi l’anxiété et la culpabilité sont majorées par l’enjeu que constitue l’enfant à venir.
Une prise en charge globale médicale, sociale et psychologique est une proposition à favoriser. Elle peut demander un temps plus long que celui d’une grossesse.

Pour consulter la fiche mémo de la Haute Autorité de Santé [2] « Troubles causés par l’alcoolisation fœtale : repérage » Juillet 2013, cliquer ici.

Réponse des experts :

  • I. de Chazeron, Docteur en Neurosciences, Univ Clermont 1, UFR Medecine, EA 4681, PEPRADE -Ferrand, F-63001 France
  • A. Schmitt, Docteur en Médecine, CHU Clermont-Ferrand, Psychiatry B, Clermont-Ferrand, F-63003, France
  • D. Boussiron, Docteur en Médecine, Centre Hospitalier Sainte-Marie, Clermont-Ferrand, F-63000, France

Chez les femmes comme chez les hommes, il est difficile de prévoir le temps d’installation de la dépendance. On sait cependant qu’une initiation précoce au produit (avant 18 ans), des ivresses répétées, une consommation régulière (souvent en solitaire) sont des facteurs précipitant la dépendance.
De même une consommation à visée “ autothérapeutique ” pour calmer une anxiété ou des émotions négatives prédisposent particulièrement à l’installation de la maladie alcoolique.

Réponse du Docteur David METE, Médecin addictologue. Service d’Addictologie, CHU de Bellepierre - Saint-Denis (Ile de La Réunion)

L’existence de bénéfices relatifs sur la santé n’est en aucun cas une recommandation à la consommation d’alcool. Même s’il a été observé que la consommation modérée d’alcool était associée à une réduction des maladies cardio-vasculaires par atteintes coronariennes (augmentation du bon cholestérol, effet antiagrégant). Même s’il est possible qu’une consommation modérée de vin soit un facteur protecteur vis-à-vis des troubles démentiels tels que la maladie d’Alzheimer, d’accident vasculaire ischémique et de diabète sucré…
Le meilleur choix pour un(e) abstinent(e) est de le rester. Pour un consommateur, il faut privilégier les recommandations en vigueur et adopter la modération.

Les recommandations en matière de consommation d’alcool (21 UA*/semaine pour un homme et 14 UA*/semaine pour la femme) ne sont pas un encouragement à consommer mais plutôt des indications sur un niveau de risque faible mais pas nul. Quelle que soit la dose consommée, l’alcool reste pour l’organisme un produit toxique, et il est notamment cancérigène. Les recommandations qui permettraient de limiter les dommages se situeraient davantage au niveau d’une unité alcool (UA*) par jour (soit 10 g d’alcool pur ou un verre standard).

Il est à noter que la mortalité liée à l’alcool est sous-estimée, vraisemblablement en raison d’une insuffisance des méthodes de mesures statistiques et du recueil incomplet des données.

*Unité d’alcool

Réponse du Dr Christian MORISSEE médecin addictologue,
Médecin coordinateur région Rhône Alpes LYADE C2A (centre de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie)
Chargé d’enseignement à la faculté de médecine de Lyon
Membre du CA de SAF France

Pour ma part je ne fais aucune différence quant aux divers alcools.
Tous les alcools, quels qu’ils soient, provoquent les mêmes lésions sur le cerveau d’un enfant porteur d’un syndrome d’alcoolisation foetale. Les dégâts peuvent être considérables tant physiquement que psychiquement.
Le retard mental en est la première conséquence avec son cortège de signes neurologiques, mais aussi de malformations diverses. Quel que soit le type d’alcool ingéré par la future mère, l’alcool reste la même molécule responsable des troubles neurologiques et des malformations diverses sur l’enfant à naître.

Consulter la fiche mémo de la Haute Autorité de Santé [3] « Troubles causés par l’alcoolisation fœtale : repérage » Juillet 2013, en cliquant ici.

Réponse du Docteur Catherine SIMON, Psychiatre hospitalier
Service d’addictologie du CHRU Brest.
Secrétaire générale adjointe à l’Association Nationale de Prévention en Alcoologie et Addictologie.

Une femme n’a pas plus de facilités physiques, ni psychologiques à arrêter l’alcool, par rapport à un homme. Socialement, une femme qui consomme de l’alcool est moins bien acceptée qu’un homme. Aussi, si elle n’en consomme pas, ceci est mieux perçu dans notre société. Ce qui peut rendre plus facile le choix d’abstinence (de ne pas consommer d’alcool), pour une femme, au regard des autres.

Réponse du Docteur William Lederer, Addictologue, Responsable de l’unité d’addictologie du GHER de Saint André – Ile de la Réunion

L’alcoolisme des femmes a été de tout temps mésestimé. Initialement considéré comme solitaire, en soirée, ou déguisé par des réunions façon « Tupperware », il est lié aux idées reçues quant à la place de la femme dans la société.
Aujourd’hui, avec le relais incessant des médias, l’information et la communication, l’alcool a pris une autre place. Il s’est banalisé ; la femme a gagné son égalité « toxique » avec l’homme mais perd toujours au regard des violences familiales et sociales.
L’alcoolisme féminin semble initié dès l’adolescence comme expérimentation au même titre que le tabac, le zamal, etc. Il est renforcé par la facilité d’accès y compris pour les mineures, le partage des expériences via les réseaux sociaux et les médias, les nouvelles façons de consommer (« Cuite expresses », « Happy Hours »* …)
Mais surtout, cet alcoolisme est accentué via par la persistance de la maltraitance des femmes en général, aggravée par une société permissive avec une propension à banaliser la violence.

Entre l’initiation et le passage à l’addiction, seules les ressources personnelles de coping** peuvent mettre des limites efficaces.

En résumé :
Oui, la femme consomme au vu et su de tous plus qu’auparavant,
Oui, elle est toujours soumise à la violence de l’homme et de la société,
Oui, elle est en recherche de sensations à cette période cruciale de l’adolescence, alors qu’elle est peu protégée dans l’univers scolaire.
Oui, elle est victime des modes sociales.

La femme est aussi une actrice de sa condition. Sa réponse aux « clefs sociales » dépend de ses habilités et ressources personnelles pour faire face.

* Happy Hours : période d’une ou plusieurs heures au cours de laquelle un débit de boisson propose les boissons, en particulier alcoolisées, à des tarifs plus avantageux que d’ordinaire

** coping : processus qu’un individu interpose entre lui et un événement éprouvant.

Réponse du Docteur Bérénice DORAY, Généticienne Médicale à l’Hôpital de Hautepierre - Strasbourg

Deux situations sont à considérer :

1 – Mes parents sont malades alcooliques mais je n’ai pas été exposé(e) à l’alcool in utéro (ma mère n’a pas consommé d’alcool pendant la grossesse). L’alcoolo-dépendance ne se transmet pas au sein de la famille tel un trait familial génétiquement déterminé (comme la couleur des yeux par exemple) ou un syndrome génétique (mucoviscidose…). Ce n’est donc pas à proprement parler une maladie génétique. Néanmoins, l’ensemble des études (familiales, de jumeaux et d’adoption) tendent à démontrer que l’origine de la dépendance à l’alcool est une pathologie complexe, multifactorielle. L’alcoolo-dépendance est influencée par des paramètres environnementaux (milieu social, stress, accès facile à l’alcool, durée et type d’alcoolisation parentale) mais aussi génétiques. Ainsi, les enfants de parents alcoolo-dépendants auraient quatre fois plus de risques de devenir alcooliques que la population générale (Merikangas 1985). La composante héréditaire est estimée entre 40 et 60 % (Cadoret 1978, Cadoret 1985, Goodwin 1979, Gorwood 2000, Heath 1997, Kaprio 1987).
Ce déterminisme génétique est complexe. Il fait intervenir plusieurs gènes, dont certains codant des médiateurs cérébraux impliqués dans les processus de dépendance à l’alcool (dopamine, opiacés, sérotonine, GABA) et dans le métabolisme de l’alcool (alcool déshydrogénase et aldéhyde déshydrogénase).

2 – Mes parents sont malades alcooliques et j’ai été exposé(e) à l’alcool in utero (ma mère a consommé de l’alcool pendant ma grossesse).
Les troubles causés par l’alcoolisation fœtale (TCAF), notamment la forme la plus sévère cliniquement -le syndrome d’alcoolisation fœtale (SAF) , résultent de l’action tératogène* de l’alcool sur le développement embryonnaire. Ils ne se transmettent pas par l’intermédiaire d’un ou plusieurs gènes hérités de l’un ou des deux parents et ne peuvent donc être considérés comme une maladie génétique.
Néanmoins, plusieurs études démontrent que les patients exposés à l’alcool pendant la vie embryo-fœtale et souffrant de TCAF présentent plus souvent à l’âge adulte une consommation d’alcool pathologique (Streissguth 1991, Smitherman 1994, Steinhausen 1998, Yates 1998, Mezerette et Danel 2006)

Plusieurs explications peuvent être avancées :

  • Le jeune adulte présentant un TCAF risque de présenter des troubles psychoaffectifs ou socio-éducatifs le prédisposant à une consommation inappropriée d’alcool. Ainsi 90 % de ces adultes présentent des troubles de santé mentale, 60 % des antécédents d’échec scolaire ou professionnel, 60 % des problèmes judiciaires, 50 % des antécédents de détention en milieu carcéral ou psychiatrique. Cette fragilité induite par le syndrome et éventuellement associée à la situation énoncée plus haut expose à un haut risque d’abus de consommation de substances illicites et d’alcool.
  • Enfin, des travaux récents indiquent également que l’exposition à l’alcool à un stade précoce du développement, et notamment in utero, augmente le risque de devenir dépendant. L’alcool consommé par la mère pendant la grossesse induit la survenue de lésions de certaines régions cérébrales fragilisant le sujet (notion de tératogénèse* comportementale). De plus, il a été montré expérimentalement chez la souris que l’exposition in utero à l’éthanol** modifie à long terme l’expression de certains gènes exprimés dans différentes structures cérébrales, induisant un facteur de risque important de vulnérabilité aux addictions. (Naasila 2009).

* tératogène : agent qui provoque le développement de masses cellulaires anormales au cours de la croissance fœtale, provoquant des défauts physiques sur le fœtus.
** L’éthanol, également dénommé alcool éthylique, est un liquide incolore qui correspond à l’alcool que l’on retrouve dans les boissons alcoolisées et spiritueuses.

BARBIER E, HOUCHI H, WARNAULT V, PIERREFICHE O, DAOUST M, NAASILA.2009 Effects of prenatal and postnatal maternal ethanol on offspring response to alcohol and psychostimulants in long evans rats. Neuroscience 161(2):427-440.

CADORET R, GATH A. 1978. Inheritance of alcoholism in adoptees. Br J Psychiatry 132 : 252-258.
CADORET RJ, O’GORMAN TW, TROUGHTON E. 1985. Alcoholism and antisocial personality : interrelationships, genetic and environmental factors. Arch Gen Psychiatry 1985, 42:161-167

GOODWIN DW. 1979. Alcoholism and heredity. A review and hypothesis. Arch Gen Psychiatry 36 : 57-61.

GORWOOD P. 2000. Apport de la génétique dans le concept de terrain à risque pour l’alcoolodépendance. J Soc Biol 194 : 43-49.
HEATH AC, BUCHOLTZ KK, MADDEN PA. DINWIDDIE SH, SLUTSKE WS, BIERUT LJ, STATHAM DJ, DUNNE MP, WHITFIELD JB, MARTIN NG. 1997. Genetic and environmental contributions to alcohol dependence risk in a national twin sample : consistency of findings in women and men. Psychol Med. 27(6):1381-1396.
KAPRIO J, KOSJENVUO M, LANGINVAINIO H.ROMANOV K, SARNA S, ROSE RJ. 1987. Genetic influences on use and abuse of alcohol : a study of 5638 adult Finnish twin brothers. Alcohol Clin Exp Res. 11(4):349-56.
MERIKANGAS KR, LECKMAN JF, PRUSOFF BA. 1985. Familial transmission of depression and alcoholism. Arch Gen Psychiatry. 1985 Apr ;42(4):367-72.
MEZERETTE, C, KARILA L, FOUILHOUX N, PARQUET PJ, GOUDEMAND M, DANEL T. 2006. Phénotype psychocomportemental d’alcoolodépendants exposés à l’alcool in utero. Alcoologie et Addictologie 28(3), 237-242.

REICH T, CLONINGER R, VAN EERRDEWEGH P, RICE J, MULLANEY J. 1988. Secular trends in the familial transmission of alcoholism. Alcohol Clin Exp Res 12 : 458-464.

SMITHERMAN. 1994. The lasting impact of fetal alcohol syndrome and fetal alcohol effect on children and adolescents. Journal of Pediatric Health Care8(3) : 121-126.

STEINHAUSEN HC, SPOHR HL.1998. Long-term outcome of children with fetal alcohol syndrome : psychopathology, behavior, and intelligence. Alcohol Clin Exp Res 22(2) : 334-338.
SREISSGUTH AP, AASE JM, CLARREN SK, RANDELS SP, LADUE RA, SMITH DF.1991. Fetal alcohol syndrome in adolescents and adults. JAMA 265(15) : 1961-1967.

YATES WR, CADORET RJ, TROUGHTON EP, STEWART M, GIUNTA TS. Effect of fetal alcohol exposure on adult symptoms of nicotine, alcohol, and drug dependence. Alcohol Clin Exp Res 22 (4):914-920

Réponse du Dr Sylvie JORIOT-CHEKAF, Service de neuropédiatrie, Unité de neurologie périnatale, CHRU de Lille.

L’alcool pendant la grossesse représente un risque pour le fœtus.
Pendant le premier trimestre, il induit un retard de croissance harmonieux, persistant dans l’enfance, par arrêt de la multiplication cellulaire.
Au deuxième trimestre, la migration neuronale et la prolifération astrocytaire sont perturbées, expliquant les difficultés intellectuelles ultérieures.
Au troisième trimestre, la complexification cérébrale est modifiée, à l’origine des troubles sociaux de l’adulte.
Même si une prise d’alcool « accidentelle » n’induit pas un handicap chez l’enfant, le désir de grossesse modifie les habitudes... et pourquoi pas au sujet de l’alcool ?

Consulter la fiche mémo de la Haute Autorité de Santé [4]
« Troubles causés par l’alcoolisation fœtale : repérage » Juillet 2013, en cliquant ici.

Réponse des experts :

  • I. de Chazeron, Docteur en Neurosciences, Univ Clermont 1, UFR Medecine, EA 4681, PEPRADE -Ferrand, F-63001 France
  • A. Schmitt, Docteur en Médecine, CHU Clermont-Ferrand, Psychiatry B, Clermont-Ferrand, F-63003, France
  • D. Boussiron, Docteur en Médecine, Centre Hospitalier Sainte-Marie, Clermont-Ferrand, F-63000, France

Certains résultats suggèrent que les femmes voient dans la consommation d’alcool un moyen de surmonter un sentiment d’abandon et d’inutilité. Bien que les symptômes anxio-dépressifs soient un facteur de vulnérabilité pour le développement d’une dépendance, on retrouve régulièrement à l’origine de ces troubles chez ces femmes des traumatismes dans leur enfance ou vie d’adulte, essentiellement des abus sexuels. On note également que la consommation d’alcool peut être utilisée comme un comportement d’affirmation de soi.

Réponse du Dr Catherine SIMON, Psychiatre hospitalier Service d’addictologie du CHRU Brest. Secrétaire générale adjointe à l’Association Nationale de Prévention en Alcoologie et Addictologie (A.N.P.A.A).
Et
Dr Patrick DAIME, Médecin Généraliste. Responsable du CCAA ST-JULIEN au CHU De ROUEN. Secrétaire Général à l’Association Nationale de Prévention en Alcoologie et Addictologie (A.N.P.A.A 76)

La proportion de femmes consultant pour alcolo-dépendance représente environ une femme pour quatre hommes. Cependant, la physiologie féminine (constitution coroporelle) rend la femme plus sensible à l’alcool que l’homme. A poids égal, et pour la même quantité d’alcool consommée, l’alcoolémie sera plus élevée chez la femme et les complications médicales apparaîtront plus rapidement.

Réponse du Docteur David METE, Médecin addictologue
Service d’Addictologie, CHU de Bellepierre - Saint-Denis (Ile de La Réunion)

La question posée est peu documentée et la littérature disponible sur le sujet très modeste contrairement aux données existantes chez la femme.
La consommation d’alcool est associée à une baisse de la sécrétion de testostérone chez l’homme par dysfonction de l’axe hypothalamo-hypophysaire avec pour conséquence une diminution de la qualité du sperme.
L’exposition à l’alcool chez l’homme est un facteur de dysfonction sexuelle, de baisse de la libido et de moindre capacité reproductive. Comme la majorité des drogues, l’alcool se diffuse également dans le sperme mais la quantité présente est très faible.

Le sujet le plus complexe et le moins documenté est de savoir si la consommation d’alcool chez le père peut avoir des conséquences chez l’enfant. Il a été observé que les enfants de père malade de l’alcool avaient un plus petit poids de naissance. Il est constaté davantage de troubles du comportement (hyperactivité, difficulté face au stress), des difficultés d’apprentissage (capacités d’abstraction) et de mémoire. Il a été noté également un risque de premier verre d’alcool plus précoce que chez les autres enfants.
Cet impact de l’alcoolisation paternelle sur le foetus est en conclusion bien moins important que celui de l’alcoolisation maternelle, mais il ne doit pas être ignoré.
Les mères d’enfants porteurs de SAF ont dans 75 % des cas un compagnon lui-même en difficulté avec l’alcool.

Références :
Abel E. Paternal contribution to fetal alcohol syndrome. Addict Biol. 2004 Jun ;9(2):127-33 ;
discussion 135-6.
Bagnardi V, Rota M, Botteri E et al. Light alcohol drinking and cancer : a meta-analysis. Ann
Oncol. 2012 Aug 21.
Mary Ann Emanuele, M.D., and Nicholas Emanuele, M.D. Alcohol and the Male
Reproductive Syste. National Institute on Alcohol Abuse and Alcoholism (NIAAA) :
http://pubs.niaaa.nih.gov/publicati...
Muthusami KR, Chinnaswamy P. Effect of chronic alcoholism on male fertility hormones and
semen quality. Fertil Steril. 2005 Oct ;84(4):919-24.
Panza F, Capurso C, D’Introno A et al. Alcohol drinking, cognitive functions in older age,
predementia, and dementia syndromes. J Alzheimers Dis. 2009 ;17(1):7-31.

Consulter la fiche mémo de la Haute Autorité de Santé [5] « Troubles causés par l’alcoolisation fœtale : repérage » Juillet 2013, en cliquant ici.

Réponse de M. Régis COULON, Psychologue clinicien à l’A.N.P.A.A.18 - Vierzon - Membre de SAFFRANCE

Le déni chez la femme qui a un problème d’alcool peut se définir simplement comme une négation du problème en dehors des réalités pourtant observées. Ce n’est ni de la mauvaise foi, ni du mensonge. C’est un puissant mécanisme de défense, qui témoigne du niveau du besoin que la personne a de se protéger face à ce que représente pour elle-même et face aux autres, l’image renvoyée ressentie comme dégradante.
Les conséquences des préjugés culturels pour la femme en difficulté avec l’alcool sont tels, qu’elle ne peut éviter qu’un sentiment de culpabilité associé à une honte sous-tende un déni, fonctionnant alors comme une protection narcissique.
Même si elle peut deviner l’ampleur de son problème, la personne montre ainsi qu’elle n’est pas encore prête à l’accepter ou le traiter vraiment. La stigmatisation fréquente, par soi-même ou les autres, apparaît insupportable et renforce le déni. La réaction spontanée est de chercher à s’en sortir seul et à cacher aux autres son problème, “garder le contrôle” à tout prix.
Pourtant, dans le déni, il y a des étapes qui permettent de passer de “l’alcool n’est pas un problème” à “l’abstinence peut aider mais je peux contrôler”, avant de pouvoir dépasser le déni (cf. GOLDMITH R.J. & GREEN B.L.). La conduite à tenir pour aider ces femmes passe toujours par la capacité dont on peut faire preuve à rester bienveillant, sans jugement initial, à constamment rassurer, favoriser et valoriser les compétences, dédramatiser tout en responsabilisant, ne pas culpabiliser bien-sûr, et orienter vers un centre médico-psychologique adapté, ou consulter soi-
même un spécialiste pour mieux comprendre quoi faire. Le déni n’est pas une fatalité mais fait partie des épreuves à traverser dans une dynamique de changement souvent long et irrégulier.

Pour plus d’informations :
http://www.saffrance.fr et http://www.anpaa.asso.fr

Réponse du Docteur Jean-Pierre Chabrolle, Pédiatre au groupe Hospitalier du Havre

Le SAF est un syndrome congénital ; l’enfant atteint aura toute sa vie un handicap cérébral.
Mais son degré est variable, tout comme le sont ses effets sur les apprentissages, les comportements, les conduites, la vie de tous les jours . L’expression de ces effets dépend également d’autres facteurs comme un dépistage précoce, un environnement familial et éducatif attentif à ses besoins.
L’enfant SAF a des capacités qu’il faut aller chercher. Le bilan complet de ce qu’il a du mal à faire et de ce qu’il peut faire est indispensable. A sa suite, un accompagnement multidisciplinaire et coordonné de ses soins autorise un meilleur pronostic.
Le regard des professionnels doit changer. Il ne faut pas baisser les bras, et recourir à des soins de kinésithérapie-psychomotricité, d’orthophonie, de neuropsychologie, faire appel au Centre d’action médico-social précoce, solliciter la MDPH [6] et organiser le suivi global.
Le pédiatre référent contrôle la croissance (poids taille et tour de tête, immunité...) et coordonne l’avis de ses collègues qui peuvent être sollicités : psychiatre (santé mentale), ophtalmologiste (FO [7]...) , oto-rhino-laryngologiste (audition...), cardiologue (anomalies des cloisons cardiaques), chirurgien pédiatre (anomalie de la colonne vertébrale, de l’appareil urinaire)… Il fera aussi le lien avec le centre médico-social, le service d’aide sociale à l’enfance, l’Education nationale, la justice...

Le diagnostic d’un SAF conduit au diagnostic de la consommation d’alcool souvent familiale,
et les soins de l’enfant comportent également ceux de la famille.
Plus tard, cet enfant devenant adulte, il faudra être attentif à ce qu’il n’y ait pas de rupture de suivi, et accompagner son insertion professionnelle, l’aider à son autonomisation, veiller au risque de délinquance du fait de ses difficultés cognitives et au risque de reproduction de la même pathologie pour ses propres enfants...
Le SAF est la première cause de retard mental totalement évitable.

Consulter la fiche mémo de la Haute Autorité de Santé [8] « Troubles causés par l’alcoolisation fœtale : repérage » Juillet 2013, en cliquant ici.

Réponse du Docteur Thierry MAILLARD,
Médecin addictologue, Ile de la Réunion
Président de SAF Océan Indien

Il me semble que les professionnels de la périnatalité (médecins, sages-femmes et autres), à La Réunion comme partout en France, ont un souci permanent d’information sur les risques que les toxiques font courir à la grossesse. Ils sont d’ailleurs tenus à une obligation d’information “ loyale et claire ” selon l’article 35 du code de déontologie médicale.

La question est peut-être : “ Pourquoi les patientes n’entendent-elles pas les recommandations des professionnels de la santé ? ”

Peut-être n’entendent-elles pas plus le discours, qu’elles ne voient le petit pictogramme sur les bouteilles ? Les recommandations sont-elles trop discrètes ? Trop diluées parmi les nombreuses informations délivrées (T21, limites de l’échographie, hygiène de vie, surpoids et obésité, listériose, toxoplasmose, CMV, varicelle, rougeole, coqueluche...) ?

Est-ce par manque de temps ou de conviction des professionnels que la recommandation d’abstinence pendant la grossesse serait insuffisante ?

La recommandation pourrait aussi être découragée par certains articles « orientés » qui laissent à penser qu’une faible consommation n’est pas nocive. Le message diffusé par ces articles rejoindrait-il la conviction culturelle latente des médecins et des patientes selon laquelle les faibles consommations n’ont pas de conséquences ? Cette opinion est peut-être confortée par l’expérience personnelle des femmes ou celle de l’entourage, qui empêche d’établir un rapport entre de faibles consommations d’alcool et les troubles scolaires ou comportementaux. Les conséquences ne sont, en effet, pas toujours visibles à la naissance, et les liens de cause à effet pas évidents…

Enfin, il est probable que certaines femmes, en dépendance avec l’alcool, ne pourront appliquer ce message de prudence. Elles ont surtout besoin d’un accompagnement le plus précoce possible.

C’est pourquoi il est indispensable de poursuivre régulièrement les campagnes de prévention adressées à la population générale comme aux femmes en âge de procréer. Et ces messages devraient aussi être portés par d’autres que des médecins ou des associations professionnelles, car dans notre société, certains personnages médiatiques ont plus d’influence sur l’opinion que les “savants”.

Enfin, il faut savoir entendre les difficultés des familles, mais aussi des professionnels de la santé, dans leur lutte contre l’alcoolisme.

Consulter la fiche mémo de la Haute Autorité de Santé [9] « Troubles causés par l’alcoolisation fœtale : repérage » Juillet 2013, en cliquant ici.

Réponses extraites du dossier de l’INSERM sur la thématique [10] et de l’ouvrage du Docteur William Lowenstein [11]

Pour l’INSERM, « Les addictions sont des comportements de consommation de substances psychoactives provoquant une souffrance psychologique et des troubles physiologiques. »

Selon le Docteur William Lowenstein, le spectre des addictions s’est élargi et comprend aujourdhui :

  • les dépendances aux substances psychoactives licites et illicites
  • les dépendances comportementales (pratiques addictives sans substances).

" Ces deux formes d’addictions se différencient par leur degré de dangerosité et de nocivité mais ils ont des symptômes communs : « la perte de contrôle, de choix, l’impossibilité de résister au passage à l’acte, la répétition du comportement addictif et l’état de manque à l’arrêt de la consommation ou du comportement. »

En savoir plus

CNRS cnrs le journal - N°265 - mars-avril 2012 - Quand le cerveau est accro

Réponse du Docteur Jean-Pierre Chabrolle, Pédiatre au groupe Hospitalier du Havre

La difficulté majeure est de faire le lien entre l’exposition à l’alcool pendant la grossesse et la constatation des troubles qui apparaissent secondairement (conduites, comportements, apprentissages...). Un trouble particulièrement fréquent est la difficulté d’attention que ces enfants présentent. Ils ne restent pas en place, s’opposent facilement aux consignes qu’ils ne comprennent pas toujours... Ils peuvent aussi être angoissés, anxieux, ont des difficultés de sommeil… Ces troubles neuro-comportementaux vont déboucher sur des traitements propres.
Le lien avec la consommation d’alcool par sa mère va permettre de donner une explication étiologique aux personnes qui les ont en charge. Cette dimension permet d’adapter les consignes, leur environnement et d’autoriser alors une meilleure estime de soi de l’individu atteint d’ETCAF et donc une plus grande implication dans sa démarche de soins...
Bien sûr, il faut rappeler que 1 enfant sur 100 naît avec un ETCAF, que ces enfants n’ont pas les signes physiques du SAF, et que toute cette pathologie est totalement évitable.

Consulter la fiche mémode la Haute Autorité de Santé [12] « Troubles causés par l’alcoolisation fœtale : repérage » Juillet 2013, en cliquant ici.

Réponse du Dr Sylvie JORIOT-CHEKAF, Service de neuropédiatrie,
Unité de neurologie périnatale, CHRU de Lille.

Comme toute drogue, un sevrage est difficile mais meilleur que la poursuite de l’intoxication. La motivation est plus facile chez la femme enceinte investie dans sa grossesse. L’organisation des soins permet une écoute attentive : hospitalisation sans connotation particulière, accompagnement par les équipes d’addictologie, de sages-femmes. La prise en charge de l’enfant est discutée.
Chez le fœtus, le sevrage existe mais atténué par la prise en charge maternelle. Après alcoolisation maternelle, l‘alcoolémie fœtale est atteinte en 2 heures. Son élimination est prolongée par immaturité de son foie.

(BRUD, perinatol 2012) Perinatol. 2012 Sep ;32(9):652-9. doi : 10.1038/jp.2012.57. Epub 2012 May 17.

Consulter la fiche mémo de la Haute Autorité de Santé [13] « Troubles causés par l’alcoolisation fœtale : repérage » Juillet 2013, en cliquant ici.

Réponse du Professeur Claude LEJEUNE, Pédiatre.
Professeur émérite à l’Université Paris Diderot.

Aucune étude n’a démontré des troubles du développement plus intenses en cas d’ alcoolisation pendant l’allaitement.
Après une prise unique, le taux d’alcool dans le lait est égal à l’alcoolémie maternelle, avec un décalage de 30 mn, et s’annule en 2 à 3H. Il est donc raisonnable d’autoriser l’allaitement avec des conseils de réduction des risques : boire juste après la tétée et respecter si possible un délai de 2H ; en cas de « fête arrosée » programmée, tirer du lait à jeun et ne redonner le sein que 12H après la dernière prise.

Pour approfondir :

  • Elsa STEIL. Accompagner une femme qui allaite et qui consomme de l’alcool. Alcool et grossesse. Actes du Colloque régional SAF France du 13 janvier 2011 à Toulouse.1 vol, EUS éd., 2012 : 97-104.
  • KOREN G. Drinking alcohol while breastfeeding. Will it harm my baby ? Can Fam Physician 2002 ; 48:39-41.

Consulter la fiche mémo de la Haute Autorité de Santé [14] « Troubles causés par l’alcoolisation fœtale : repérage » Juillet 2013, en cliquant ici.

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Publié le 13 août 2013
Mis à jour le 17 août 2013
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