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La Guyane : un environnement sociogéographique propice aux flux et à la consommation de produits psychoactifs

Parce que la PEIDD a pour mission de créer du lien entre les DOM, les rédacteurs de votre plateforme d’information Drogues et Dépendances ont choisi de mettre régulièrement en exergue l’un des territoires concernés.
Ces focus ont vocation à éclairer les autres départements sur des particularités locales liées à la thématique des addictions.
Ils sont aussi le fruit de rencontres faites avec des acteurs à l’occasion d’événements, ces échanges ne prétendant pas être une représentation exhaustive du tissu local souvent très riche et dynamique.
 
 
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Une position géographique
favorable aux flux de populations et de marchandises

"La Guyane constitue avec la Guadeloupe et la Martinique les départements français d’Amérique (DFA).
Située dans le Nord-Est de l’Amérique du Sud, la Guyane possède trois frontières extérieures comprenant1 :

  • près de 400 km de façade maritime, espace de transit idéal pour la cocaïne destinée à l’Europe,
  • 520km de frontière fluviale avec le Surinam (fleuve Maroni),
  • 700 km avec le Brésil (fleuve Oyapock) , pays où la consommation de cocaïne et de crack se développe fortement2".
"Ces frontières maritimes et fluviales constituent des voies de communication particulièrement difficiles à surveiller. Il faut noter également que la zone maritime Antilles [1] dans laquelle se situe la Guyane se caractérise notamment par3 :
  • une situation au carrefour des trafics marchands en provenance et à destination du Panama et de la Colombie ;
  • vingt-sept pays en bordure, dont un tiers sont considérés comme instables ou potentiellement dangereux.
  • Les quantités de stupéfiants qui transitent dans l’arc antillais et vers l’Europe sont estimées à 290 tonnes, avec une marge de progression importante."3

    "Le vecteur maritime semble aujourd’hui le plus utilisé par les trafiquants, que ce soit pour alimenter directement les marchés américain et européen, ou pour établir des points de transit et des zones de stockage régionales […]. Selon l’ONUDC [2], entre 2002 et 2010, entre 40 % et 60 % des saisies de cocaïne dans la région sont maritimes […].
    Le développement des routes africaines de la cocaïne destinées à contourner les dispositifs de sécurité mis en place par l’Union européenne sur la façade atlantique […] pourrait faire de la Guyane un lieu de passage privilégié par les trafiquants. De plus, la proximité du Venezuela fait de la Guyane un territoire potentiellement attractif, notamment pour accéder au grand marché brésilien marqué par le développement important de la consommation de cocaïne (que ce soit sous sa forme chlorhydrate ou basée)2".
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    Le contexte socio démographique

    "Avec près de 250 000 habitants4, la Guyane est la région française la moins densément peuplée5, mais présente le taux d’accroissement annuel le plus élevé entre 2007 et 2012 (+2,38 %).
    Celui-ci s’explique par un solde naturel très élevé : avec 3,5 enfants par femme, cette région a l’indice conjoncturel de fécondité le plus important. Le taux de fécondité des mineures est près de treize fois supérieur à celui observé au niveau national et le plus élevé des régions d’outre-mer1.
    En conséquence, presque la moitié des habitants a moins de 20 ans.
    Ce rythme de progression est soutenu par un solde migratoire largement excédentaire.

    La population de Guyane est caractérisée par sa grande diversité : plusieurs dizaines d’ethnies [3] ayant leur langue et leur culture propres sont présentes en Guyane."

    « Socialement, la population de cette région est l’une des moins favorisées de France avec plus de 70% de foyers fiscaux non imposés et 31% d’allocataires du RSA. Le taux d’activité de la population des 15-64 ans est le plus faible observé en France (61,0%). Enfin, la Guyane a la part la plus élevée de jeunes de 20-29 ans peu ou pas diplômés (47%)5 ».
    Ce contexte de vulnérabilité sociale incite à la vigilance, comme le souligne Le plan gouvernemental de lutte contre la drogue et les conduites addictives 2013 - 2017 de la MILDECA : "dans le domaine des conduites addictives, les inégalités sociales sont particulièrement marquées. On observe en effet qu’un niveau plus élevé d’abus ou de consommation excessive est associé au faible niveau socioéconomique ».
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    Les spécificités de consommations de substances psychoactives en Guyane

    Les données concernant la Guyane sont parfois anciennes, mais illustrent les spécificités de consommations.

    Les usagers de produits illicites
    "L’ensemble des données TREND [4] 6 confortent l’image d’une large diffusion du cannabis à l’ensemble des catégories sociales, tous âges confondus, avec une tendance marquée vers un rajeunissement de l’âge d’initiation (certains débuts de consommations signalés dès 8-10 ans).

    Le cannabis est très souvent consommé en association à d’autres substances, soit pour augmenter ses propres effets, soit pour réguler ou atténuer les effets négatifs de certains produits. Les associations les plus fréquemment retrouvées se font avec : · le tabac, l’alcool, le crack (sous forme de « Blaka Jango » ou « Black-joint »).
    La visibilité de l’usage du crack semble également en pleine expansion : il est fréquent, au point que personne n’y prête attention, qu’un ou plusieurs usagers fument du crack sous un porche d’immeuble en plein centre-ville, à Cayenne.... ceci à toute heure, au milieu des passants. L’usage du cannabis en milieu ouvert n’est, quant à lui, plus une nouveauté pour ce qui concerne la population jeune, et « rouler un joint » à la sortie du collège ou sur la plage, fait partie des habitudes chez certains jeunes qui ne se cachent pas pour ce genre d’activité.

    Par ailleurs, le phénomène de l’errance ne fait que croître. […] peut être en lien avec l’usage du crack engendrant la marginalisation. A ce jour, il semble que tous les types d’errance déjà identifiés soient en augmentation en Guyane : les errants métropolitains « routard » et ceux issus des services de psychiatrie, des errants immigrés clandestins, de plus en plus difficiles à identifier. Chez ces errants, l’usage du crack et de l’alcool est constant, ainsi que souvent associé à celui du cannabis."
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    L’expérimentation de drogues illicites
    Il faut souligner la différence entre les données TREND indiquées précédemment et qui concernent les usagers, et les chiffres concernant l’expérimentation qui s’intéressent aux affirmations concernant au moins un usage au cours de la vie.
    L’expérimentation de cannabis concerne un quart des Guyanais7, plus souvent les hommes que les femmes.
    […]Pour les autres drogues illicites, les niveaux d’expérimentation sont :
    • 2 % pour la cocaïne,
    • 1,8 % pour les champignons hallucinogènes,
    • 1,3 % pour l’ecstasy ou MDMA,
    • inférieurs à 1 % pour les poppers, les amphétamines et le crack.
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    Consommation d’alcool7
    Plus d’un tiers des Guyanais (35 %) déclare consommer de l’alcool toutes les semaines.
    3,6 % des 15-30 ans consomment de la bière ou des alcools forts quotidiennement.
    Les alcoolisations ponctuelles importantes (API) concernent un tiers de la population (32 %), plus souvent les hommes (44 %) que les femmes (21 %).
    L’usage d’alcool à risque chronique concerne 9 % de la population : 13 % des hommes et 4 % des femmes. Parmi ces consommateurs, la consommation hebdomadaire moyenne estimée est de quarante-trois verres par semaine, contre vingt-six en métropole.

    Consommation de tabac7
    La prévalence du tabagisme occasionnel est de 6 %, celle du tabagisme quotidien de 12 %.
    Les Guyanais affichent ainsi un tabagisme bien moindre qu’en métropole.

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    Observations terrain


    Ces tendances sont illustrées par les retours terrain de professionnels comme ceux constatés par le Dr Richard MILLOT, responsable médical des structures d’addictologie du Centre Hospitalier de Cayenne.
    Dans sa pratique, le psychiatre observe que la consommation de produits psychoactifs en Guyane peut se résumer en une trilogie cannabis, crack et alcool, avec une tendance à la pratique de consommations croisées.
    Les usagers d’héroïne ont un profil bien spécifique : souvent quadragénaires, guyanais ou métropolitains, ils ont pour la plupart commencé leur expérimentation en France métropolitaine.

    Enrichissant le tableau dressé par les données épidémiologiques, le psychiatre mentionne certaines situations particulières :
    • les femmes en difficulté sociale (clandestines ou prostituées) sont souvent consommatrices de produits psychoactifs,
    • les jeunes guyanais tendent à consommer davantage d’alcool, comme leurs homologues métropolitains, notamment des prémix [5].

    Le psychiatre souligne néanmoins un phénomène émergeant depuis plusieurs mois, et se réfère aux paroles de collégiens. Ces derniers relatent aux professionnels l’expérimentation de « Purple drank » [6] (plus d’informations sur cet usage sur le site de l’ANSM).


    Les substances psychoactives, un marché lucratif
    La consommation de substances psychoactives n’est pas uniquement une problématique de santé publique. Dans un environnement géographique propice aux flux de marchandises et de populations, et dans un contexte de difficultés socioéconomiques, l’appât du gain conduit nombre de guyanais, notamment des jeunes, à s’impliquer dans le transport de produits illicites. Les passeurs de drogue ou « mules » en jargon douanier, transportent alors soit le produit in corpore, soit dans les bagages. Ces mules peuvent être recrutées par des organisations criminelles françaises installées en métropole.

    Le phénomène est en augmentation constante et fait couler beaucoup d’encre dans la presse guyanaise. Deux parlementaires guyanais ont d’ailleurs interpellé le gouvernement en 2015, allant jusqu’à réclamer l’installation d’un scanner à l’aéroport.

    Une étude financée par l’ARS de Guyane est mise actuellement en place avec pour effecteur le Centre Hospitalier de Cayenne, par l’intermédiaire du service du Dr MILLOT et celui du professeur NACHER pour le centre d’études cliniques.
    Cette étude « EPICEA » (errance psychiatrie sur l’île de Cayenne et addiction), sera en quelque sorte une déclinaison de l’étude SAMENTA [7] et permettra de dresser un tableau quantitatif et qualitatif de la prévalence des troubles addictifs en Guyane, du moins pour ce qui concerne l’exclusion et l’errance.
    Le Dr MILLOT souligne toutefois que 50 % des usagers ne sont pas dans cette problématique.


    Les structures d’addictologie
    du Centre Hospitalier de Cayenne

    (cliquer sur le lien pour
    accéder à la fiche détaillée)
     :




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    Liste non exhaustive d’acteurs de l’addictologie
    rencontrés par la PEIDD
    à l’occasion des 3ès Journées de la Famille
    en Guyane
    (octobre 2015)



    Préfecture de Guyane
    Le chef de projet MILDECA de Guyane travaille en collaboration avec l’ARS Guyane.

    Pour l’année 2014, les subventions de la MILDECA ont été allouées en Guyane pour :

    • l’embauche en contrat d’avenir d’un intervenant médiateur en santé publique,
    • l’accompagnement méthodologique de la commune de Cayenne,
    • l’établissement d’un diagnostic participatif pour approfondir la connaissance du bassin de vie de la commune de Camopi,
    • une campagne audiovisuelle pour les lycéens de Guyane,
    • réduire les conduites addictives et à risque, et promouvoir des comportements favorables à la santé physique des enfants, adolescents et jeunes adultes scolarisés ou non en formation professionnelle et pour développer une éducation à la santé
      (Lire l’article sur la plateforme)
    ARS Guyane
    L’addiction apparaît en seconde place sur les 5 priorités remontées par l’ARS de Guyane.
    « Lutte contre les addictions avec informer et appliquer la règlementation notamment sur les ventes d’alcools (heures, lieux de ventes, les milieux), et de leur consommation sur la voie publique ; renforcer l’offre de services spécialisés (plages d’horaires et diversités d’interventions) ».

    Parmi les conclusions , la feuille de route de la Stratégie Nationale de Santé souligne l’importance de l’éducation pour la santé : « L’éducation à la santé fait déjà l’objet de certains programmes spécifiques à l’école avec des actions ciblées (nutrition, sexualité, addictions, etc.)".
    En Guyane, le rôle essentiel de l’école est rappelé avec un travail particulier à mener avec les parents, les équipes éducatives et les animateurs de quartier (Mobiliser une variété de vecteurs d’éducation pour la santé, page 19).
    (Lire l’article sur la plateforme)

    GPS Guyane
    Guyane Promo Santé (GPS) est une association fédérant des acteurs de l’éducation pour la santé en Guyane.
    Elle anime le Pôle régional de compétences (PRC) en éducation et promotion de la Santé de Guyane, une plateforme ressources qui propose des services à tout acteur intervenant dans ce champ, en mobilisant les compétences et ressources de la région. Les services de GPS et du PRC ne s’adressent pas au grand public, mais aux acteurs intervenant en éducation et promotion de la santé, sur le terrain ou au niveau politique ; professionnels, élus ou bénévoles ; des secteurs sanitaire, social, médico-social, éducatif, etc.
    (Lire la fiche annuaire sur la plateforme)

    Politique de la ville (CRPV)
    Le CRPV Guyane a pour objet de promouvoir, accompagner et qualifier l’action des acteurs du développement social sur le territoire de la Guyane. Dans le cadre de cette mission, il s´adresse en particulier aux professionnels de la politique de la ville. Le CRPV a été missionné en novembre 2014 à la structuration des questions de « santé mentale/ addictions » sur Cayenne, et les communes environnantes. Un groupe porteur a été constitué afin de déterminer les thématiques à développer et les acteurs à mobiliser.
    (Lire la fiche annuaire sur la plateforme)

    AKATi’J (Association Kouroucienne D’aide aux Ti’Jeunes)
    Association créée par un groupe de citoyens Kourouciens et de responsables des milieux sociaux éducatifs, Akati’j s’est mobilisée pour venir en aide à une population jeune, nombreuse et fragilisée par les phénomènes d’exclusion tels que l’échec scolaire, la délinquance, la toxicomanie…
    (Lire la fiche annuaire sur la plateforme)

    INPACT L’association de prévention INPACT (Information Prévention Action Contre la Toxicomanie) intervient notamment en prévention primaire, secondaire et tertiaire autour des conduites addictives et à risques.
    (Lire la fiche annuaire sur la plateforme)

    Retrouver les coordonnées des acteurs de Guyane dans l’annuaire de la plateforme, ou dans l’annuaire en ligne du GPS Guyane.

    Concernant la Guyane, lire également en ligne :
  • l’agenda
  • l’état des lieux

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    Sources :
    1 Article Internet du Ministère de l’Outre Mer
    2 Les Antilles françaises (Martinique, Guadeloupe, Saint-Martin) et la Guyane : au coeur du trafic international de cocaïne. OFDT. 2014
    3 Article Internet de L’Action de l’État en mer aux Antilles (AEM)
    4 Populations légales du département de La Guyane, ses arrondissements, ses cantons et ses communes- INSEE
    5 La France des régions 2016 (Fédération Nationale des Observatoires régionaux de la Santé)
    6 Rapport TREND : Phénomènes émergents liés aux drogues en 2004. Tendances récentes sur le site de la Guyane. OFDT. 2004
    7 Premiers résultats du Baromètre santé DOM 2014 – Guyane. INPES
  • Publié le 15 mars 2016

    Notes

    [1arc antillais

    [2Organisation des Nations unies contre la drogue et le crime

    [3Créoles guyanais, Amérindiens, Noirs-marrons, H’mongs, Métropolitains, Chinois, Libanais, Brésiliens, Haïtiens, Surinamiens…

    [4enquête quantitative auprès des usagers réguliers de cannabis (2004) - l’échantillon recueilli en Guyane est de 74 personnes, entre 16 et 29 ans, réparties en trois groupes à peu près similaires : 15-20 ans (30%), 21-24 ans (28%) et plus de 25 ans (32%)

    [5mélange d’une boisson alcoolisée et d’une boisson non-alcoolisée

    [6Cocktail préparé avec du sirop contre la toux

    [7rapport sur la santé mentale et les addictions chez les personnes sans logement personnel d’Ile-de-France. Inserm

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