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Retours sur le déplacement de la Fédération Addiction en Guyane en mars 2017

Du 13 au 17 mars 2017, la Fédération Addiction a organisé un déplacement en Guyane soutenu par la MILDECA, la DGS [1], la DGOM [2] et l’ARS Guyane.



« La Fédération Addiction a organisé et co-construit cette semaine guyanaise avec et à partir des besoins identifiés par les structures spécialisées en addictologie du territoire et par l’ARS.

Ce déplacement répondait à deux demandes exprimées par ses adhérents guyanais :

  • organiser des espaces d’échanges et de formation à destination des professionnels du secteur afin de leur faire bénéficier des derniers apports conceptuels et cliniques en matière d’addictologie,
  • valoriser et partager les spécificités et les pratiques, souvent innovantes, déployées sur le territoire guyanais par ces acteurs spécialisés et leurs partenaires.

Quelques éléments de contexte [3]

Avec une population de près de 250 000 habitants répartis sur un territoire de 90 000 km2, la Guyane est le territoire français le moins densément peuplé. Elle se caractérise toutefois par sa très forte natalité et la jeunesse de sa population (plus de la moitié de la population a moins de 25 ans).

La Guyane se caractérise également par le caractère multi-ethnique de sa population (amérindiennes, bushinenges, créoles, chinoises, h’mongs…) et par une immigration clandestine croissante, constituée le plus souvent de personnes en grande précarité.

Le territoire connaît de fortes inégalités sociales et territoriales en matière de santé.

En effet, du fait de la taille et de la configuration particulière du territoire (distances, réseau routier limité, absence de transports, isolement géographique…), l’accès à l’offre de santé (prévention et soins) reste difficile pour une partie de la population Guyanaise.

Le territoire connaît également de fortes inégalités sociales comme le souligne le Plan gouvernemental de lutte contre la drogue et les conduites addictives 2013 - 2017. Ainsi, la population de cette région est l’une des moins favorisées de France. Sur certains secteurs, cette précarité est accentuée par l’absence de papiers d’identité qui limite et/ou complexifie l’accès à certains droits.

De par sa situation géographique, la Guyane est également impactée par le trafic international de cocaïne et l’utilisation, par les trafiquants, de « mules », souvent des femmes issues des populations les plus vulnérables.

En matière d’addiction, la Guyane semble se caractériser par une consommation élevée d’alcool, une hausse rapide de l’usage de crack, une banalisation de la consommation de cannabis, mais un faible usage de l’héroïne [4]. Les jeunes guyanais constituent un groupe très hétérogène (âges, appartenances culturelles, modes de vie, situations sociales…) mais il semble que dans cette catégorie de la population, la consommation de substances psychoactives constitue un phénomène grandissant.

Toutefois, le manque de données récentes ne permet pas d’avoir une vision objective de l’importance des consommations de substances psychoactives sur le territoire guyanais et de leur évolution dans le temps.

Une offre de prise en charge spécialisée s’est progressivement mise en place à partir de 1993. Aujourd’hui, malgré la mobilisation et les efforts déployés par les acteurs spécialisés (permanences, consultations avancées…), l’accès à l’offre de santé en addictologie reste insuffisant, voire inexistant, compte-tenu des moyens disponibles et des particularités propres au territoire.
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Des acteurs mobilisés et volontaires

La Fédération Addiction a organisé son déplacement autour de 3 événements :

  • une formation à l’intervention précoce organisée en 2 temps,
  • une journée régionale sur le thème « femmes et addictions »,
  • une rencontre entre les acteurs spécialisés en addictologie et les acteurs institutionnels.

La Fédération a également profité de ce déplacement pour rencontrer plusieurs acteurs associatifs [5] et institutionnels et visiter des structures sur Saint-Laurent du Maroni, Cayenne, et Roura.
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Deux temps de formation à l’intervention précoce


L’intervention précoce [6] constitue le socle de la mission des Consultations Jeunes Consommateurs (CJC).
Dans la continuité des travaux de redynamisation des CJC en cours depuis 2011, la DGS [7] et la MILDECA [8] ont souhaité confier à la Fédération Addiction l’organisation de formations régionales auprès des professionnels des CJC.
Une première série de 27 formations a été organisée en 2015 et 2016 auprès de 500 professionnels des CJC de métropole. Un deuxième volet, également soutenu par la DGOM [9], prévoyait la formation des professionnels des CJC des départements d’Outre-mer, en particulier ceux de La Réunion, de la Guyane, de la Guadeloupe et de la Martinique.

Pour la Guyane, après concertation auprès de l’ARS [10] et des acteurs du territoire, il a été convenu d’organiser cette formation du 13 au 15 mars 2017. Afin d’adapter le programme au plus près des réalités et des besoins du territoire, un questionnaire a été diffusé en amont de la formation aux acteurs spécialisés du territoire.

Les 13 et 14 mars : deux jours de formation pour les professionnels des CJC
Les deux premiers jours de la formation étaient réservés aux professionnels des CJC et, compte tenu du contexte guyanais, aux professionnels des structures ayant en projet d’ouvrir prochainement une CJC ou de développer une action spécifique d’ « aller vers ».
20 professionnels issus de tout le territoire guyanais ont participé à cette formation, animée par deux formatrices du réseau de la Fédération Addiction. Le programme privilégiait l’alternance entre apports théoriques et partage d’expériences.

Ces deux journées de formation ont permis aux participants de consolider leurs connaissances théoriques et cliniques en matière d’intervention précoce mais aussi de partager sur l’hétérogénéité de leurs territoires d’intervention, sur les difficultés rencontrées et sur les leviers que chacun d’eux pourrait mettre en œuvre.

Le 15 mars : une journée de formation destinée aux directions des structures et à leurs partenaires.
La journée du 15 mars s’adressait, quant à elle, aux directions des structures porteuses d’une CJC et à leurs principaux partenaires, notamment l’éducation nationale.

Elle avait pour objectif d’établir un langage « commun » entre acteurs spécialisés et partenaires et d’élaborer, à partir des éléments recueillis durant les deux premières journées de formation, un début de feuille de route pour favoriser le déploiement d’une stratégie d’intervention précoce sur le territoire.

Une quinzaine d’acteurs ont participé à cette formation (acteurs spécialisés, professionnels de santé, acteurs associatifs, ARS et représentants du Rectorat). Elle a permis à chacun de mieux appréhender ce qu’est l’intervention précoce, de définir les priorités d’actions, d’identifier les freins et de finalement s’accorder sur la mise en place d’un projet de déploiement progressif de l’intervention précoce, avec le soutien de l’ARS et du Rectorat de Guyane.

Une Journée Régionale sur la thématique « femmes et les addictions » à la Mairie de Remire Montjoly


Suite à la parution de son guide de la collection Repère(s : « Femmes et addictions. Accompagnement en CSAPA et CAARUD », la Fédération Addiction, soutenue par la MILDECA et la DGS, a proposé une série de Journées Régionales afin de favoriser l’évolution des pratiques d’accueil et d’accompagnement des femmes dans les centres.

C’est dans ce contexte que la Fédération Addiction a souhaité proposer cette Journée Régionale. Les objectifs et le programme de la journée ont été intégralement co-construits avec les adhérents locaux de la Fédération, à partir des besoins et des thématiques qu’ils avaient identifiés.

La journée avait pour objectif :

  • de présenter et diffuser le contenu du guide,
  • de susciter les questionnements des professionnels et de leurs partenaires,
  • de mettre en synergie les acteurs locaux en favorisant l’inter-connaissance et la réflexion commune.

Après une ouverture institutionnelle par Monsieur Laleu, Directeur Adjoint de l’ARS Guyane, la matinée a été consacrée à des temps en plénière (suivre ce lien pour consulter le programme) :

  • présentation de la démarche et du guide,
  • état des lieux statistiques sur le thème femmes et addictions en Guyane,
  • intervention sur la place de la femme et l’organisation familiale dans les communautés.

L’après-midi, trois ateliers étaient proposés : « gestion de mixité en soin résidentiel », « addictions et emprise », « addictions, grossesse et santé mentale ».

La journée s’est terminée par un temps de restitution des ateliers et de conclusion.

Cette journée a rassemblé 80 participants spécialisés et non spécialisés en addictologie, issus des secteurs associatif, hospitalier, institutionnel. 190 guides « femmes et addictions » ont été diffusés durant le séjour.
Dans son ensemble, la journée a été très appréciée par les participants, même si certains auraient aimé avoir plus de contenu théorique sur cette thématique.
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Un temps de rencontre et d’échanges entre acteurs de l’addictologie et acteurs institutionnels

Pour conclure son séjour guyanais, la Fédération Addiction a souhaité organiser un temps de rencontre et d’échanges entre les acteurs de l’addictologie et les principaux représentants institutionnels du territoire guyanais.

Cette rencontre s’est déroulée le 17 mars dans les locaux de l’ARS à Cayenne. Elle a permis d’échanger autour de plusieurs thématiques identifiées comme prioritaires par les acteurs de l’addictologie guyanais avec lesquels la Fédération Addiction a co-construit cette rencontre :

  • le soin résidentiel en addictologie,
  • l’hébergement et notamment l’hébergement spécifique aux personnes présentant des co-morbidités psychiatriques,
  • l’insertion professionnelle dans le cadre de l’accompagnement en addictologie,
  • la prévention des addictions, l’Intervention Précoce et la mission Consultation Jeunes Consommateurs,
  • la place des addictions dans le prochain Projet Régional de Santé de Guyane.

Pour chacun de ces thèmes, les acteurs présents ont partagé les constats, identifié les besoins et les solutions qu’il serait nécessaire de mettre en œuvre. Plusieurs projets concrets devraient être mis en œuvre rapidement.

Pour conclure son séjour, la Fédération Addiction a participé, avec le Docteur Richard Millot du Centre Hospitalier de Cayenne, à l’émission « Fo zot Savé » animée par Monsieur Sublet sur Guyane 1re.

La Fédération Addiction tient à remercier à nouveau l’ARS et l’ensemble des acteurs guyanais qui se sont mobilisés pour co-construire et participer à ces différents évènements et rencontres. »
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Merci pour la rédaction de ce dossier à M. Georges Martinho - Adjoint à la Délégation Générale - Fédération Addiction.

A consulter également, le dossier : « La Guyane : un environnement sociogéographique propice aux flux et à la consommation de produits psychoactifs ».

Publié le 15 mai 2017

Notes

[1Direction Générale de la Santé

[2Direction générale des Outre-Mer

[3OFDT – Données TREND 2002

[4OFDT – Données TREND 2002

[5Guyane Promo Santé à Cayenne ; Csapa et Communauté Thérapeutique Akatij de Saint-Laurent du Maroni ; Communauté Thérapeutique du Groupe SOS à Roura

[6l’intervention précoce est une stratégie d’action qui vise à organiser les réponses de façon globale, en un continuum d’actions allant de la prévention aux soins. Elle a pour objectif d’agir le plus tôt possible dans l’expérience d’usage et tout au long de la trajectoire de consommation, avant que ne survienne l’addiction ou d’autres conséquences néfastes

[7Direction Générale de la Santé

[8Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives

[9Direction Générale des Outre-Mer

[10Agence Régionale de la Santé

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